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Un musée sur orbite

Posted by Association Cap Avenir Concorde sur 29 mars 2011

Un musée sur orbite – 29-03-2011

Le « MAE » à l’heure de Youri Gagarine

Le 12 avril, le musée de l’Air et de l’Espace du Bourget se met à l’heure spatiale pour marquer dignement le cinquantième anniversaire du vol historique de l’astronaute soviétique Youri Gagarine. Mieux, il le fait en duplex avec la Cité de l’Espace de Toulouse, établissant ainsi une passerelle prometteuse entre Le Bourget et Toulouse dont on doit espérer qu’elle ne soit pas éphémère.

Il s’agit là d’une initiative qualité qui trouve sa place au cœur d’un programme 2011 chargé et très diversifié. Ainsi, le 14 mai, pour la première fois, le «MAE» participera à la nuit des musées : séances de planétarium, visites de halls à la lampe torche, etc. Puis, à partir du 20 juin, dans le cadre de l’année de l’Outre-mer, viendra la mise en exergue des premiers grands raids. Du 20 au 26 juin, événement mondial incontournable, le salon international de l’aéronautique et de l’espace se tiendra devant les bâtiments historiques du Bourget (des billets couplés sont prévus) tandis que suivra, le 6 août, une Nuit des étoiles, précédant de quelques semaines la participation aux journées européennes du patrimoine puis les aéropuces, etc., etc. En d’autres termes, le MAE respire le dynamisme.

Néanmoins, il reste beaucoup à faire et il est souhaitable de passer à la vitesse supérieure. C’est de toute évidence la conviction profonde de Catherine Maunoury, directrice nommée il y a quelques mois seulement pour succéder à Gérard Feldzer, bien décidée à écarter les difficultés, à repousser les limites du possible. Encore lui faudra-t-il trouver les moyens de mettre la barre franchement plus haut.

A 6 kilomètres de Paris seulement, dans un cadre historique unique, celui d’un aéroport mythique, toujours en activité grâce au développement constant de l’aviation d’affaires, les passionnés d’aviation ont accès à 25.000 mètres carrés d’expositions permanentes, 110 avions et hélicoptères, un millier de moteurs, d’innombrables objets et œuvres d’art. La fréquentation, un peu plus de 250.000 visiteurs par an, un niveau respectable, mériterait d’être accrue et le sera sans doute. En partie grâce à une manière de faire incontestablement dynamique et en marge de perspectives nouvelles, à commencer par les effets induits de la mise en place du Grand Paris. De plus, en 2018, une nouvelle ligne de métro automatique desservira l’esplanade «Le Bourget Aéroport» sur l’axe Roissy-Orly via Paris, une innovation décisive de nature à faire oublier aux visiteurs du musée les embouteillages de l’autoroute A1 et l’inconfort du bus 350.

C’est dans ce contexte potentiellement porteur –mais qui exige beaucoup de patience- que de nouveaux objectifs sont en gestation. Catherine Maunoury souligne avec regret que le musée expose moins de la moitié de ses richesses, faute de surfaces suffisantes. Et, dans le court terme, il convient de rénover tous azimuts, à commencer par la façade centrale de l’aérogare, la coupole, des voûtes en pavés de verre, la tour de contrôle, tous en péril. Et l’énumération n’est pas exhaustive.

Placé sous la tutelle du ministère de la Défense, le MAE bénéficie d’un traitement correct, maintenu de manière volontariste malgré de sévères contraintes budgétaires. Mais pour aller plus loin, plus vite, pour faire mieux, sans doute le MAE devra-t-il trouver des financements complémentaires. Rénover l’aérogare, par exemple, va exiger un investissement de 20 à 22 millions d’euros remarque, pensive, Catherine Maunoury. La mise à niveau de certains bâtiments demande 12 millions environ par hall et il faudra en investir autant pour chacun des halls neufs qui permettraient d’exposer des appareils qui, aujourd’hui, dorment discrètement dans un hangar de Dugny, de l’autre côté de la piste.

La solution : donner ses lettres de noblesse au mécénat. Une formule qui n’est pas entrée dans les mœurs du secteur aérospatial français, qui est évoquée trop rarement, avec d’inutiles précautions oratoires, voire un certain embarras. Une image simple vient à l’esprit : faute de Smithsonian, le MAE cherche vainement son Udvar-Hazy, bailleur de fonds emblématique de la grande annexe du musée de d’Air & Space Museum de Washington installée sur l’aéroport international de Dulles.

 

On n’ose pas trop évoquer ouvertement cette piste du mécénat pour des raisons qu’ignorent les Américains. Leur industrie est une et indivisible alors que la nôtre, pour s’unir et mieux résister à la concurrence devenue «globale», a dû opérer des regroupements par-dessus les frontières. EADS, Airbus, Ariane, MBDA, Eurocopter, ATR, etc., ne sont pas des entreprises françaises mais européennes. Ou encore se qualifient de multidomestiques, curieux néologisme qui correspond à une stratégie d’un type inédit, une sorte d’accumulation de passeports. On comprend la nécessité de procéder ainsi mais, hélas ! l’industrie compte de ce fait des acteurs tout simplement apatrides.

Comment, dans ce contexte ingrat, faire valoir l’intérêt et toute la beauté d’un «nationalisme»
historique ? Comment valoriser davantage les collections uniques au monde du MAE qui constituent la clef de voûte de pans entiers de 100 et quelques années de notre histoire ? Catherine Maunoury, face à cet immense défi, se retrouve bien loin du souffle des hélices et de l’élégance des plus belles figures de voltige aérienne. Elle évite soigneusement d’exprimer le moindre doute, certaine, semble-t-il, d’arriver à vaincre ou à contourner les obstacles. Ce serait bien de l’aider à réussir.

Pierre Sparaco – AeroMorning

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